En Martinique, deux animaux concentrent la majorité des inquiétudes des voyageurs et des résidents : la mygale Martinique, connue localement sous le nom de matoutou falaise, et la scolopendre. On les croise dans des environnements proches, parfois dans les mêmes jardins ou sur les mêmes sentiers, mais leur niveau de risque réel est très différent. Identifier laquelle mérite vraiment qu’on s’en préoccupe change radicalement la façon d’aborder une randonnée ou de gérer son logement.
La matoutou falaise : une mygale endémique à ne pas manipuler
La matoutou falaise (Caribena versicolor) est une araignée endémique de Martinique, ce qui signifie qu’on ne la trouve nulle part ailleurs dans le monde. Elle appartient à la famille des mygalomorphes et peut atteindre une taille imposante, ce qui suffit à provoquer un mouvement de recul instinctif. Pourtant, son venin est considéré comme peu dangereux pour l’humain en bonne santé.
Ce qui change la donne, c’est son statut légal. La matoutou falaise est protégée par l’arrêté ministériel du 3 août 2017 : il est interdit de la capturer, de la déplacer ou de détruire ses habitats. Autrement dit, la bonne conduite n’est pas de la fuir absolument, mais de ne jamais intervenir sur elle. La laisser tranquille protège l’espèce et vous évite toute complication légale.
Sur le terrain, on la rencontre surtout dans les zones boisées et humides, souvent camouflée dans la végétation ou contre des parois rocheuses. Elle ne cherche pas le contact. Une rencontre sur un sentier de randonnée se gère simplement en gardant ses distances et en ne tentant pas de la saisir.
Scolopendre en Martinique : le vrai risque de morsure au quotidien
La scolopendre est un myriapode, pas une araignée. Cette distinction anatomique a des conséquences pratiques : elle ne pique pas, elle mord avec des appendices venimeux situés à l’avant du corps. La douleur est immédiate, souvent décrite comme intense, accompagnée de rougeur et de gonflement localisé. Les effets restent généralement temporaires chez un adulte en bonne santé, mais la morsure est nettement plus douloureuse qu’une piqûre d’abeille.
Ce qui rend la scolopendre plus problématique au quotidien que la mygale, c’est son comportement. Elle ne se cantonne pas aux forêts : elle se glisse sous les pierres, dans le bois mort, les feuilles accumulées, et surtout dans les affaires laissées au sol. Chaussures posées sur la terrasse, linge tombé, serviette de plage oubliée – ce sont les situations à risque concrètes.
- Secouer les chaussures avant de les enfiler, surtout si elles ont passé la nuit à l’extérieur ou dans une pièce peu fréquentée.
- Vérifier le linge et les serviettes laissés au sol ou sur une chaise de jardin avant de les utiliser.
- Éviter de poser les mains à l’aveugle sous des pierres, des planches ou dans de la végétation dense, notamment lors de travaux de jardinage.

Mygale ou scolopendre : ce que les deux espèces ont vraiment en commun
Les deux animaux partagent le même type d’environnement : végétation dense, humidité, zones ombragées. On les trouve aussi bien dans les forêts du nord de l’île que dans les jardins ou à proximité des habitations. Ni l’une ni l’autre ne cherche activement le contact humain – les morsures et piqûres surviennent presque toujours par surprise ou manipulation involontaire.
La faune de Martinique compte aussi des scorpions et d’autres araignées, mais la matoutou falaise reste l’espèce la plus visible et la plus facilement identifiable par sa taille. La confusion entre mygale et scolopendre vient souvent de leur présence simultanée dans les mêmes zones, mais leurs silhouettes sont radicalement différentes : la mygale est trapue, velue, à huit pattes ; la scolopendre est allongée, segmentée, à de nombreuses pattes.
Comportement à adopter face à chacune des deux espèces
Face à la matoutou falaise, la règle est simple : observer, ne pas toucher, ne pas capturer. Sa protection légale n’est pas anecdotique – l’espèce est menacée, et son statut d’endémique strict de Martinique lui confère une valeur patrimoniale réelle pour la biodiversité de l’île.
Face à la scolopendre, l’enjeu est différent : c’est une gestion du risque quotidien, pas une curiosité naturaliste. Prévenir une morsure de scolopendre demande des réflexes simples, applicables dès le premier jour sur place.
- En randonnée, utiliser un bâton pour retourner pierres ou troncs plutôt que les mains nues.
- Dans un logement, éviter de laisser traîner vêtements ou chaussures au sol pendant la nuit.
- En cas de morsure, nettoyer la plaie, appliquer du froid pour limiter le gonflement, et consulter un médecin si la douleur est intense ou si des signes allergiques apparaissent.
La question posée au départ – laquelle faut-il éviter – appelle une réponse nuancée selon le contexte : la scolopendre demande une vigilance active au quotidien, là où la matoutou falaise demande surtout de ne pas intervenir. Les deux méritent le respect, mais pour des raisons différentes.

